LC épouse Z

Inventer la fable d’une femme, portée par deux comédiennes. Faire émerger un personnage de théâtre constitué par des éléments de biographies réelles, fantasmées, convoquées pour incarner chacune et ensemble une même figure.

Ce personnage s’invente à partir d’un événement – et non pas à partir d’un texte : le saut mortel d’une femme chinoise à Paris en septembre 2007, qui nous conduit à reconstituer la fiction du temps qui a précédé l’accident. La révélation en creux de cette vie anonyme appelle à interroger les fictions intimes que nous composons avec les inconnus, ces figures anonymes avec qui nous cohabitons. De ce saut, se tisse à rebours la fable d’un personnage qui, se faisant l’hôte d’identités multiples demeure étranger.

Un territoire instable parcouru par une femme seule, qui propose au spectateur de recevoir les échos de cette vie restituée entre ce qui a été et ce que l’on découvre après coup.

 

Vendredi 29 septembre 2007, Chulan Zhang Liu, une femme de 51 ans originaire du nord de la Chine, a sauté par la fenêtre du premier étage de son appartement du boulevard de la Villette à Paris. Elle vivait clandestinement en France depuis deux ans. L.C épouse Z était venue travailler pour payer les noces de son fils. Ses initiales qui forment un ensemble, qui tiennent ensemble comme le début d’une fable. Des initiales qui mettent au plus près de l’énigme de cet effroi et de cette compassion. Ces initiales qui signent la brutalité, la barbarie de ce qui se trame depuis les frontières jusque dans les villes, en silence ou dans les abois médiatiques, L.C épouse Z, dont je connais le saut, la terreur inspirée par des policiers. Des initiales, cet effroi qui ne part pas, cette compassion qui ne s’en va pas, quelle femme ai-je alors inventé ? L.C épouse Z a-t-elle existé ?

Julie Kretzschmar

 

Faire des histoires avec ce que l’on voit. Considérer comme des signes les silhouettes et les situations croisées et aperçues dans notre quotidien. Partir de cette projection dans l’un, et l’appliquer à l’autre – celui/celle d’en face, d’à côté. De là nous inventons un personnage construit de réponses, de questions, d’histoires vraies, de fictions, de mots étrangers. Nous nous déplaçons le plus possible de nos habitudes en essayant d’être au plus près de l’expression du vécu. Inventer un vécu, l’exprimer par signes, et le laisser suffisamment ouvert afin que chacun puisse le reconnaître.

Marie Lelardoux