Salim hatubou

Parcours

Salim Hatubou est né le 20 juin 1972 à Hahaya, en Grande-Comore (Comores). Il a depuis toujours le goût des histoires, qu’elles soient écrites ou orales. A la maison, sous l’influence de sa mère, les livres sont omniprésents à une époque où il est pourtant si rare d’en posséder et où la lecture est loin de figurer parmi les préoccupations de chacun. A des kilomètres de brousse, c’est sa grand-mère maternelle qui est à la tête des veillées contes du village de Milépvani. Par sa verve et son verbe, elle ensorcelle ceux qui l’écoutent, à commencer par Salim, qui demeure à jamais profondément influencé par cette vieille femme, porteuse d’un incommensurable héritage culturel, partie dans le cercle des Ancêtres le 7 mai 2003.

 

A onze ans, Salim Hatubou s’installe dans les quartiers Nord de Marseille, nostalgique de son enfance comorienne, de ses contes et légendes. Adolescent, il écrit des nouvelles, puis des articles, bientôt publiés dans diverses revues et magazines. En 1994, il sort aux Editions L’Harmattan son premier ouvrage, un recueil de contes qu’il intitule naturellement Contes de ma grand-mère. Y sont retranscrites les histoires assimilées dès son plus jeune âge.

 

Alors que le patrimoine oral des Comores est en perdition faute de mobilisation des gouvernements successifs et de la population, plus préoccupée à survivre dans un contexte social difficile, Salim Hatubou continue de se rendre au pays pour recueillir à la source les contes traditionnels. Ce travail s’avère urgent car les personnes âgées, détentrices de ces richesses, disparaissent une à une dans l’indifférence générale.

 

En plus de sauvegarder les contes grâce à l’écriture, Salim Hatubou leur redonne vie en revêtant son habit de conteur dans les festivals, les bibliothèques, les écoles de France et du monde. Il écrit également des romans et des poèmes. Il a par deux fois bénéficié d’une bourse d’écriture du Centre National du Livre ainsi que de deux Missions Stendhal du Ministère des Affaires Etrangères Français, notamment pour effecteur des recherches sur l’épidémie de choléra qui a emporté sa mère en 1975.

 

Salim Hatubou anime des ateliers d’écriture, parfois sollicité pour des résidences d’écriture (Gardanne, Bordeaux, Mayotte, Grande-Comores, Kiev…) et continue de voyager à travers le monde pour faire entendre la voix des Comores et de la ville de son enfance : Marseille. Dans le cadre de la réhabilitation des cités La Solidarité (où il a grandi) et Kallisté, il a été missionné avec  un photographe et un auteur compositeur pour mener un travail de Mémoire auprès des habitants pendant deux ans (2009 et 2010), ce qui a donné à livre (avec un CD et une exposition) intitulé “Solidarité-Kallisté : que sont nos cités devenues ?” paru aux éditions Images plurielles.

 

En 2012, pour renouer avec la tradition du conteur de café, le Théâtre La Baleine Qui dit Vagues (Marseille) lui a proposé une résidence (soutenue par la Drac Région Paca) d’écriture. Ce qui lui a permis d’écrire «Kara’ ou le destin conté d’un guerrier», une longue histoire qu’il a contée en 8 épisodes sur la terrasse du Théâtre. Et en 2013, dans le cadre de Marseille Capitale européenne de la Culture, il a été sollicité pour faire entendre la voix des Comores (Marseille compte environ 80.000 Comoriens). Il a écrit «Kara’ une épopée comorienne », en collaboration avec l’anthropologue comorien Damir Ben Ali, une pièce de théâtre mise en scène par Julie Kretzschmar, avec une équipe d’acteurs internationaux, jouée en plein aire (deux représentations) à Marseille en juin 2013 puis une tournée en 2014 (Grande-Comore, Mayotte et Marseille).

 

Considéré comme un acteur important pour la sauvegarde du Patrimoine de son archipel, Salim Hatubou axe son œuvre d’écrivain et de conteur autour de la Mémoire comorienne. Il s’investit pour la Culture aux Comores et plus particulièrement la lecture pour les enfants et il est le fondateur d’un festival international appelé « Escales culturelles sur les îles de la lune » dont la première édition (sous le haut patronage du Président de la République de l’Union des Comores) a eu lieu en octobre 2013 : une quinzaine d’écrivains, de conteurs, d’illustrateurs venus de différents horizons ont sillonné les quatre îles de l’archipel pour des conférences, des rencontres littéraires, des spectacles de contes, des ateliers d’écriture ou de théâtre…

 

Il a été le programmateur des actions autour du Conte mises en place par le Centre social des cités les Flamants et les Iris pendant les été. Il a collaboré avec l’Université des études étrangères de Tokyo (TUFS) au département Institut de Recherche des langues d’Asie et d’Afrique (ILCAA) sur le Conte comorien avec les professeurs Hanabuchi Keiya et Oda Jun’ichi.

 

Ses écrits

La littérature écrite comorienne d’expression française est naissante. Le premier roman La république des Imberbes de Mohamed Toihiri ne remonte qu’à 1984.

Salim Hatubou est considéré comme l’un des pionniers de cette littérature, sans doute celui qui, de tous les écrivains comoriens, publie le plus régulièrement. Son imagination est en perpétuel éveil : dans le bus, le métro, le café… Ses livres s’écrivent d’abord dans sa tête avant d’être matérialisés sur le papier. Leurs styles peuvent être aussi variés que leurs thèmes. Parfois drôles (Marâtre, Un  conteur dans ma cité…), parfois graves (la trilogie sur la Mémoire et l’Identité : Métro Bougainville, De cette terre… Comores-Zanzibar…), leurs dénominateurs communs restent l’Identité et la Mémoire. Ayant une culture franco-comorienne, Salim Hatubou traite aussi bien de la société française que de la société comorienne. Auteur engagé, il porte un regard avisé sur ses deux pays et dénonce, si besoin est, leurs travers, au risque de s’attirer les foudres de certains détracteurs. Pour exemple, dans Le sang de l’obéissance, il s’oppose aux mariages arrangés aux Comores, dans Hamouro, il soulève l’épineux problème de la balkanisation de son archipel et témoigne des relations catastrophiques entre Mayotte, restée sous giron français et les autres îles des Comores, ayant accédé à l’indépendance. Nombre de ses livres sont étudiés dans les écoles françaises et comoriennes (Chifchif et la reine des diables, Trois contes vagabonds, Marâtre, Métro Bougainville, Hassanati…).

Ses œuvres sont souvent étudiées dans les écoles aussi bien en France que dans archipel natal. Ses contes sont traduits au Brésil et au Japon.

Il attache une grande importance à la transmission de la culture et de la tradition, ce à quoi contribuent également ses multiples recueils de contes. Il travaille enfin comme collaborateur pour différents journaux (Respect, Kashkazi…). L’écriture est le mode d’expression qu’il a choisi pour revendiquer ses origines, avec toujours comme devise « Sache d’où tu viens, tu sauras toujours où tu vas ».

Prix et distinctions

Prix Coelacanthe pour Mohéli ou le destin conté de djumbe Fatima, éd. Coelacanthe
Prix Diamant en Belgique pour Comores-Zanzibar, éditions Françoise Truffaut
Prix Insulaire à Ouessant pour Ali de Zanzibar, éditions Orphie
Prix Kalam de bronze décerné par le Ministère de la Culture aux Comores
Prix des lecteurs à Mayotte pour Hamouro, éditions l’Harmattan

Quelques textes mis en scène

«A feu doux » mis en scène par Xavier Marchand
«Métro Bougainville » mise en scène par Xavier Marchand
«Marâtre » mis en scène par Evariste Fogang
«Le boutre de la parole » mis en scène par Nathalie Seliesco
«Iyara» mis en scène par Guy Lenoir
«Kara’ ou le destin conté d’un guerrier » mis en scène par Jorus Mabiala
«Kara’ ou une épopée comorienne » (co-écrit avec Damir Ben Ali) mis en scène par Julie Kretzschmar
«Le secret des poissons » adapté, mis en scène et joué par la Compagnie Virgul à Fort de France (Martinique).

Bibliographie

Romans et Contes

Mohéli ou le destin conté de la reine djumbe Fatima
Paris : Editions Coelacanthe, 2015

L’entrepôt pour gens d’avant (dans le collectif Marseille Noir). Paris : Editions Asphalte, 2014 (En cours de traduction aux USA).

Les démons de l’aube. Paris : Editions L’Harmattan, 2006

Hamouro (Prix des lecteurs à Mayotte). Paris : Editions L’Harmattan, 2005

Un conteur dans ma cité. Marseille : Editions Encres du Sud,  2000

L’odeur du béton. Paris : Editions L’Harmattan, 1998

Le sang de l’obéissance. Paris : Editions L’Harmattan, 1996

Sur le chemin de Milépvani, je m’en allais… Paris : Editions L’Harmattan, 2001

Contes de ma grand-mère. Paris : Editions L’Harmattan,  1994

Treize merveilles pour une princesse d’Afrique (à paraître)

Demain, je m’en irai (à paraître)

Romans jeunesse

L’avion de maman a craché (hommage littéraire aux victimes du crash du 30 juin 2009 aux Comores), Paris : Editions Cœlacanthe, 2011

Les gardiens d’ânes de Gardanne, Marseille : Encres du Sud, 2010

Les matins de P’tite Lô aux Comores. Paris : Editions L’Harmattan, 2005

Hassanati, de Mayotte à Marseille. Paris : Editions L’Harmattan,  2005

Naïa et le tam-tam sacré. Nanterre : Editions KomEdit, 2005

Marâtre. Nanterre: Editions KomEdit, 2003 (Repris en poche par Laal Editions.

Singa, une trilogie fantastique : 1er volet L’armée des Invisible, 2ème volet La bataille de Mojombi, 3ème volet Le sabre de Ngazi (trilogie à paraître).

Albums pour enfants

Dimkou et la petite fille. Nanterre : Editions Komedit, 2009

Ali de Zanzibar. La Réunion : Editions Orphie, 2008, Prix Insulaire 2009 (Ouessant)

Zolo N’djizi, Editions Flies France, 2006

Trois contes vagabonds. Paris : Editions Flies France, 2005

Sagesses et malices de Madi, l’idiot voyageur. Paris : Editions Albin Michel, 2004

Chifchif et la reine des diables. Paris : Editions L’Harmattan, 2004

Contes et légendes des Comores, genèse d’un pays bantu (existe en CD 2 volumes). Paris : Editions Flies France, 2004

Wis, où est passé mon anh-anhan. Marseille : Editions Encres du Sud,  2001

Pichou et Michou, promenons-nous dans les bois. Paris : Editions Encres du Sud, 2001

Daba l’enfant qui n’aimait pas l’école (à paraitre édition Orphie en 2015) avec des illustrations de Mathilde Drault,

Les baobabs de mon village (à paraître) avec des illustrations de Mathilde Drault

Petites récitations africaines pour enfants du monde (à paraitre) avec des illustrations de Pierre Audemard

Poésies

Que sont nos cités devenues ? Marseille : Images plurielles (en collaboration avec le photographe Jean-Pierre Vallorani), 2011

De Zanzibar aux Comores. Paris : Editions Françoise Truffaut (en collaboration avec le photographe Jean-Pierre Vallorani). Prix Diamant en Belgique

De cette terre… Quête d’une identité comorienne. Marseille : Editions Encres du Sud, 2004 (en collaboration avec le photographe Saïd Abasse Ahmed)

Métro Bougainville…des Comoriens. Marseille : Editions Via Valleriano, 2000, (en collaboration avec le photographe Jean-Pierre Vallorani)

Nuits d’automne. Marseille : Editions Encres du Sud,  2001

Essai romancé

A feu doux. Paris : Editions Françoise Truffaut,  2004